La banque centrale (suite 9)

Publié le par jacques Brethé

La banque centrale.

 

            La société et sa banque sont indissociables et inséparables comme l’avers et l’envers d’une pièce ou d’une médaille, comme le recto et verso d’une feuille de papier. La banque concrétise et gère la reconnaissance du travail et des services en monnaie décidée par la société. C’est toujours la société qui a l’initiative, la banque exécute. La banque centrale fait corps avec la société, elle n’en est pas indépendante, elle demeure au service du politique.

 

Le rôle de la banque consiste à créer et à enregistrer les sommes attribuées, à les officialiser, à les mettre à disposition des bénéficiaires. Elle inscrit sur le compte du bénéficiaire les sommes ainsi créées et elle gérera les mouvements successifs de compte à compte.

 

La monnaie essentiellement située dans l’esprit et dans la loi qui l’incarne n’a pas besoin d’une représentation matérielle, elle demeure scripturale, elle aura longtemps besoin d’une représentation écrite garante de son existence. Bien entendu, la monnaie peut circuler et s’échanger à travers les systèmes électroniques mais ce sera toujours avec le contrôle et la garantie de la société. A la fin, il faudra produire un document reconnu et authentifié.

 

La monnaie n’est pas créée sur rien, elle ne sort pas du néant, elle n’est pas une production arbitraire, elle ne retournera pas au néant, elle se fonde sur la constatation de la réalisation d’un bien, c’est le bien qui vaut et non pas la monnaie, la monnaie n’en est qu’un substitut, un représentant, mais un représentant garanti par la société, ayant force de loi, qui s’impose comme moyen d’échange, qui peut se conserver, se thésauriser, se prêter, qui possède en quelque sorte son autonomie et une existence tant que la société le reconnaît en lui apposant son sceau. C’est toute la grandeur et la fragilité de la monnaie. Grandeur, car elle exprime la confiance et le respect des hommes les uns vis-à-vis des autres en vertu d’un pacte universel, solennel, sacré et sa fragilité, car elle dépend de la bonne volonté et du sérieux de tous les intervenants.

 

La banque centrale, et les autres institutions bancaires gèrent la monnaie après l’avoir créée sur ordre de la société.

Toute la monnaie se gère à travers un vaste système d’écritures, sécurisé.

Il n’y a ni pièces ni billets.

Toutes les transactions sont identifiées et identifiables.

La banque centrale demeure au service des personnes et de l’économie, elle a pour première et essentielle tâche d’assurer la stabilité de la valeur de la monnaie en éliminant tout risque d’inflation.

 

La banque centrale peut déléguer à d’autres institutions une partie de ses prérogatives.

 

Comparaison avec la situation actuelle.

 

Tous les spécialistes notent que ce sont les banques qui créent la monnaie à partir des opérations de crédit. Ils parlent d’une création à partir du néant, alors que les banques ne font que reconnaître comme la société devrait l’ordonner en connaissance de cause, un travail accompli ou projeté mais qui sera réalisé. La banque qui m’avance 1 000 € pour l’achat d’un bien reconnaît en le rémunérant l’existence de ce bien. La monnaie ira au fabriquant. La banque se substitue à la société et ma banque compte naturellement que je pourrai la rembourser sur la reconnaissance des biens et services que je produirai. Elle a parié sur mon sérieux. La banque en quelque sorte prend possession du bien en le reconnaissant et j'en deviendrai vraiment propriétaire lorsque j'aurai remboursé mon emprunt. Ma voiture sera mienne lorsque j'aurai réglé toutes mes échéances. Dans le cas contraire, on peut saisir la voiture. Si je suis défaillant, la banque a perdu de la monnaie mais cette monnaie n’est pas perdue, elle continue à exister, elle se trouve dans d’autres mains, elle ne retourne pas au néant. De toute façon la banque cherchera à récupérer sa monnaie sur mes revenus à venir si j'en possède. Elle n'apprécie pas de voir partir entre les mains d'une autre banque la monnaie qu'elle a créée. Une importante évasion et ce serait de grosses difficultés.

 

Tous les spécialistes ont pris en compte comme un fait incontournable et favorable la démonétisation de l’or mais ils ne disent pas qui le remplace, qui désormais garantit la monnaie. La monnaie, dit-on, se garantit par elle-même, plus j’ai de monnaie, plus je peux en créer, la monnaie justifie la monnaie et des règles compliquées pour la création de la monnaie par les banques. Personne ne semble avoir franchi le pas pour dire que c’est le travail qui crée les biens et qu’on peut prendre appui sur lui pour le traduire en monnaie permettant la vie sociale et servant de garant. Un pays sans travail, c’est aussi un pays sans monnaie, il n’y a rien à échanger. Un pays privé de sa monnaie, de son or comme ce fut le cas pour l’Allemagne après la deuxième guerre mondiale s’est rapidement reconstruit sur sa capacité de travail. En produisant, ce sont des richesses qui apparaissent et son corrélat la monnaie et plus on produit et avec des gains de productivité plus le pouvoir d’achat de la monnaie s’accroît, plus elle vaut. Il n’y a qu’à comparer les évolutions parallèles du mark et du franc. Il faut bien noter que tout arrêt de la production demeure une catastrophe pour une monnaie, une économie, une nation.

 

Pauvreté gère richesse.

 

La banque centrale et les autres institutions bancaires créent et gèrent la monnaie qu’elles ne possèdent pas. Avant la création bien entendu la monnaie n’existe pas et après elle est répartie sur les comptes des clients. C’est une situation curieuse qu’une banque soit si indigente. Les coffres, les livres regorgent de richesses mais ce sont les richesses des autres. Les salaires de ses agents ne lui appartiennent pas. Alors que possède-t-elle ? Rien ou si peu comparé à ses clients. La société lui a fourni ses locaux, ses immeubles, ses instruments. Que lui reste-t-il ? Les produits qu’elle tire des services rendus, les frais de dossiers et de gestion qu’elle est autorisée à percevoir. Par définition la banque ne possède rien, elle gère des dépôts. Pauvreté gère richesse.

 

Généralisation du système électronique.

 

La gestion à travers tout un système électronique en train de se généraliser ne heurte plus personne et tout le monde l’admet. Ce système est déjà très répandu. A ceux qui s’indigneraient que tout mouvement soit identifié, il faut répondre que c’est le cas aujourd’hui. On ne peut payer de grosses sommes comptant, on ne peut verser un salaire d’un certain montant en espèces. Si votre compte est à découvert, soyez certain que vous allez recevoir un coup de téléphone de votre responsable bancaire et si vous laissez dormir de grosses sommes sur votre compte, il ne serait pas impossible qu’on sollicite un rendez-vous pour examiner votre situation et voir comment faire fructifier votre capital. Chacun connaît mais aussi en exigeant la confidentialité. Les hommes se surveillent sans cesse. Mais il faut ajouter qu’en dehors de votre banquier tenu au secret professionnel, personne n’a accès à vos comptes excepté le juge en respectant tout un encadrement légal. Les gens honnêtes non seulement n’ont rien à craindre mais ils seront rassurés de savoir que l’identification des mouvements bancaires permettra de se saisir rapidement des coupables de malversations.

 

Anonymat des dons.

 

En ce qui concerne les dons à des oeuvres ou autres pour conserver l’anonymat, il suffira de demander à sa banque ou autre des bons en fixant le montant. Tous semblables quelle que soit l’institution émettrice personne ne saura qui les remet. Là aussi, il faudrait une enquête d’un juge pour vérifier l’abus que vous avez commis à travers l’usage de ces bons. Pour les autres, il n’y aura pas de difficulté.

 

La stabilité des prix.

 

La banque centrale assure la stabilité des prix. C’est l’objectif prioritaire fixé à la Banque de France et au Système Européen de Banques Centrales SEBC. Le traité de Maastricht stipule « l’objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix »  et en écho, on trouve dans les statuts de la Banque de France Art-L 141-1 « La Banque de France fait partie intégrante du SEBC... Dans ce cadre et sans préjudice de l’objectif principal de la stabilité des prix, la Banque de France apporte son soutien à la politique économique générale du Gouvernement ».

 

L'art de la contradiction

 

Dans ce premier article on convient que la Banque de France est au service du politique, qu’elle n’est pas en quelque sorte indépendante et le même article poursuit fièrement « La Banque de France, en la personne de son gouverneur, de ses sous-gouverneurs... ne peut ni solliciter ni accepter d’instruction  du Gouvernement ou de toute personne » On affirme à la fois que la banque est indépendante du pouvoir politique, qu'elle ne peut accepter aucune instruction et pourtant qu'elle doit apporter son soutien au pouvoir politique.

 

Un Etat sans droit et une banque sans possession.

 

Et plus loin Art L 142-1 « La Banque de France est une institution dont le capital appartient à l’Etat ». Un propriétaire sans droit et une banque sans possession ! Qui aurait imaginé qu'un propriétaire soit sans droit sur sa propriété, qu'il n'ait rien à dire, que son gestionnaire soit capable d'aller contre sa politique et ses intérêts ! L'intendant prend pied sur son maître. N'est-ce pas séduisant cet abandon du prince, ce désintéressement, je t'abandonne ma fortune, gère-la pour le mieux ? Le pouvoir souhaite que la banque favorise l'activité économique en créant de la monnaie, en réduisant ses taux pour réduire le chômage et la banque de répliquer pour combattre l'inflation, sa priorité "J'augmente les taux de base, je jugule l'inflation, je crée le chômage, un moindre mal". Etrange situation.

 

 

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