Les donneurs d'ordre. (suite 11)

Publié le par jacques Brethé

Les donneurs d'ordre. (suite 11)

 

Il s'agit d'une nouvelle et importante notion conséquence de la conception de la société comme créatrice de la monnaie en reconnaissance du travail, des services et du mérite. La société qui occupe désormais la première place, la place centrale n'a pas besoin de fonctionnaires pour percevoir des taxes et des impôts, elle se contente de reconnaître travail, service, mérite mais elle a besoin de tout un personnel qualifié pour apprécier et décider d'une reconnaissance.

 

Les secteurs de la fonction publique dépendant directement de la société n'ont pas besoin de donneurs d'ordre nouveaux. Tout cela existe déjà. C'est connu, c'est appliqué tous les jours, c'est codifié, c'est surveillé. Il s'agit de plusieurs millions de salariés qui jouissent de la sécurité de l'emploi et de revenus à vie avec en perspective une augmentation selon l'ancienneté, les acquisitions de nouvelles compétences et le mérite à travers des notes attribuées par les supérieurs ou autre procédé d’appréciation. Tout est déjà en place.

 

Par contre tous les autres ne bénéficient pas encore de ces avantages : la sécurité de l'emploi avec les revenus correspondants. Désormais tous auront droit aux mêmes avantages à travers la création du corps des donneurs d'ordre liés directement à la banque et en liaison avec les référents. Déjà comme on le sait les référents assurent à chacun des revenus et tout passe par leur intermédiaire, seulement ils ne peuvent pas apprécier les rémunérations dues à telle catégorie, à telle spécialité, à telle particularité et ce seront les donneurs d'ordre qui seront chargés de cette évaluation et qui transmettront aux référents les sommes à inscrire sur les comptes.

 

Le calcul des rémunérations.

 

Chacun reçoit comme base le salaire de vie qu'on soit bien portant, malade ou handicapé.

A cela s'ajoute le salaire du travail pour qui exerce une fonction. C'est cette deuxième tranche qui viendra s'ajouter à la première et qui sera officialisée par les donneurs d'ordre.

 

Pour les salariés et les services, tout un ensemble de conventions existe déjà, telle qualification, telle ancienneté, telle rémunération et il n'y aura plus qu'à transmettre aux référents. Le salaire définitif obtenu après vérification de son bien fondé sera maintenu en cas de changement d'emploi contre la volonté du salarié. Il faut admettre souplesse et flexibilité mais sans perte de revenus, on ne déclasse pas quelqu'un qui ne l'a pas mérité.

 

Pour les indépendants et ils sont nombreux, ceux qui ne veulent dépendre de personne et créer leur propre entreprise, leurs propres activités, qui veulent innover et qui sont souvent des moteurs dans une société, les donneurs d'ordre vérifieront  leurs projets, leurs capacités, la qualité de leur travail, ils communiqueront leur avis mais laisseront aux intéressés le soin de la décision de leur avenir et se contenteront de signaler à leurs référents qu'ils n'ont pas à intervenir.

 

Tous les indépendants ne choisiront pas ce statut dans toute sa rigueur avec tous les risques encourus et demanderont un lissage de leurs revenus. Le lissage consiste à verser à l'intéressé un fixe mensuel à condition que celui-ci verse à son tour tous ses revenus au moment des rentrées. On évite les à-coup et on gère plus commodément son budget. A une époque convenue, les parties intéressées se rencontrent pour discuter de la répartition du surplus, étant entendu que le surplus fruit du travail appartient exclusivement au producteur. Il en disposera comme bon lui semble après avoir remboursé les sommes avancées par son référent. Il s'agit d'un climat de confiance en toute confidentialité. Il faut préserver et favoriser la liberté d'entreprendre tout en cherchant à éviter le pire pour ceux qui se lancent dans l'aventure des affaires.

 

Dans tous les cas, les donneurs d'ordre qui sont des spécialistes dans leur domaine ne pourront avaliser n'importe quel projet. Ce sont aussi des conseillers avisés. Je rêve de me lancer dans un commerce, dans tel secteur, mais ai-je procédé à une étude de marché ? Il y a saturation. Une fois obtenu l'accord des donneurs d'ordre, un accord parfois temporaire, ceux-ci demanderont aux référents de verser le salaire de vie qui sera remboursé dès que les affaires le permettront. Quand on se lance, pour la plupart, on ne possède pas un gros capital et il ne faut pas que la famille vive dans la gêne. Un équilibre à trouver pour assurer le dynamisme de la société. Une libre entreprise mais avec un minimum d'encadrement pour éviter les dérives.

 

La reconnaissance du mérite par les donneurs d'ordre sera plus délicate, il convient d'être prudent sans tomber dans la pusillanimité, il s'agit ici plus spécialement des inventeurs, des créateurs, des artistes, du génie en général. Après de longues études brillamment réussies, je veux me lancer dans un travail de recherche de longue haleine et je veux la rémunération correspondante à mon statut sans apporter un bien à la société immédiatement. C'est le lot quotidien de nombreux jeunes chercheurs. Vivre selon le niveau acquis et être tout-à-fait libre de son temps. Là, il faut en appeler aux donneurs d'ordre spécialisés dans votre branche de recherche qui étudieront votre dossier, vous interrogeront ainsi que vos enseignants pour décider de la suite à donner. Pratiquement tout ce corps existe déjà, les compétences d'appréciation ne manquent pas. Le donneur d'ordre toutes précautions prises accordera son aval pour une durée délimitée en se gardant le droit de vérifier le sérieux du candidat, assiduité à son travail, recherches effectuées, ébauche du projet tout en sachant que dans certains cas, ce sera difficile d'apprécier. Tel chercheur est bien dans son bureau régulièrement et il s'active vraiment mais il ne trouve rien de nouveau. Tel autre va à la cueillette des champignons et là se forment en lui des idées nouvelles insoupçonnées. C'est la limitation dans le temps qui sera décisive pour le donneur d'ordre et lui permettra d'apprécier avec tous les spécialistes s'il convient de poursuivre ou de donner un autre travail plus utile. Il s'agit d'un état d'esprit. On n'a pas à exploiter la société.

 

S'il est difficile pour les donneurs d'ordre d'apprécier la qualité des inventeurs scientifiques, ce sera encore plus difficile lorsqu'il s'agira des artistes. Une société ne peut négliger le sort de ses créateurs, ils enchantent, ils embellissent, ils élèvent mais comment distinguer l'artiste véritable, original. Il n'y a probablement pas de critères sûrs et on sait comment ont parfois été maltraités des artistes qu'on admire maintenant, qui ont vécu dans la misère et le dénuement, aux crochets des autres. Le véritable artiste crée les critères d'appréciation de demain par définition, c'est dire qu'à son époque le public pour l'apprécier n'était pas encore né, c'est lui qui va créer son propre public mais ce sera plus tard, le temps parfois d'une génération, d'où la difficulté de trouver au moment où il crée un donneur d'ordre capable d'une anticipation. Je suis sculpteur, inventeur et créateur et je demande au donneur d'ordre de m'octroyer la rémunération correspondante pour me libérer de toutes les contraintes de la vénalité, autrement je vais vivre dans la misère, employé à des tâches ordinaires, ordonnées par mon référent. A parler vrai, le donneur d'ordre sera bien en peine, il a toujours la solution d'une décision pour un temps limité, il peut consulter les spécialistes, voir le succès de mes expositions, le nombre de mes ventes mais il aura des difficultés pour apprécier surtout si mes oeuvres sont originales et heurtent le public. Il en sera de même pour tous les arts. Dans le doute, il vaut mieux faire confiance sans naïveté tout en sachant que ces passionnés travaillent souvent sans discontinuer, toujours cherchant, tâtonnant, visant la beauté, la qualité de la forme et du fond, un poème bien rythmé, cadencé, porteur de sens et d'émotion, un viaduc lancé vers le ciel s'appuyant sur des arches si élégantes et si fines, s'incrustant dans le paysage pour l'envoûter, une musique vous pénétrant comme un parfum et qui vous entraîne si loin, un visage de vieillard ridé, simple et séduisant avec son regard si franc et l'esquisse d'un sourire si aimant.

 

                        Tel est l'univers des donneurs d'ordre. Ils constituent l'âme de la société. On ne veut pas d'une société totalitaire qui étouffe toutes les initiatives comme il en a tant existé à travers l'histoire, qui réglementait tout, classifiait les êtres en catégories, en castes interdisant les changements et les progrès, on ne veut pas non plus d'une société libérale qui crée le malheur pour beaucoup en les excluant, en les rejetant, en  niant leurs droits, nous voulons au contraire une société qui aille de l'avant en prenant tout le monde en charge sans empêcher l'esprit d'entreprise, en favorisant l'audace et l'émulation, sans vouer aux gémonies les êtres généreux qui ont risqué et parfois échoué. Chacun s'il le désire a un travail, une rémunération, un logement, une famille ; ceux qui le veulent, tout en jouissant en arrière du filet social, pourront risquer de gagner plus grâce à leur industrie, à leur entreprise, à leurs capacités d'invention et de création. Il n'y a pas de mal à posséder plus si l'on a respecté les lois de l'honnêteté et si l'on emploie ses ressources pour le bien de l'humanité. Riche oui mais en même temps détaché, capable de donner. La création de cette nouvelle société éliminera la misère et la haine. Il faut y croire, n'existe que ce à quoi nous croyons, la force de la foi permettra l'émergence d'un monde nouveau.

 

 

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