Un logement pour tous. (suite 12)

Publié le par jacques Brethé

 

Un logement pour tous. (suite 12)

 

                        Quand on veut faire disparaître une espèce ou une colonie d'individus, on supprime son habitat. C'est radical, c'est efficace, c'est parfois très cruel Il en est de même pour l'homme. Un homme privé de logement est un homme condamné à disparaître, c'est une forme de meurtre, certains diraient d'assassinat. C'est une violence démesurée, démentielle qui détruit la personne, l'avilit, la déstructure, la réduit à rien, la lamine, la pousse au recroquevillement, à la drogue, au suicide, à commettre des délits et des crimes pour se retrouver en prison. C'est une situation insupportable.

 

                        Consciente de cette chaîne du malheur, une des premières urgences de la société consistera à construire pour fournir à chacun un toit qu'il ait ou non un travail. Il s'agit d'un effort colossal de construction et de rénovation, de quoi occuper beaucoup de chômeurs, ce projet génèrera un nombre conséquent de postes du géomètre, à l'architecte, au paysagiste, à l'entrepreneur pour faire bref. Les bras en réalité manqueront.

 

                        C'est la société qui prendra en main pour l'essentiel cette oeuvre en acquérant le foncier, en ordonnant les constructions et en répartissant par la suite les appartements dont elle demeure propriétaire et gérante. Ce sera le meilleur moyen d'assurer la mixité tant souhaitée avec intelligence, les rénovations, l'entretien. C'est elle qui maîtresse des lieux pourra assurer les déménagements et les changements d'appartements en fonction des charges de famille. Et elle n'aura jamais l'excuse de dire qu'elle manque de moyens financiers puisque c'est elle selon la loi et les règles votées qui ordonnera à la banque de reconnaître les travaux au fur et à mesure des réalisations de la conception à leur achèvement. C'est elle qui fixera le prix des loyers et des charges ainsi que le prix des ventes à vie des appartements. Bien entendu pour l'exécution, elle pourra faire appel à des entreprises privées mais en aucun cas, il ne lui est interdit de posséder et de gérer ses propres entreprises.

 

                        Construire oui, mais pas n'importe où, n'importe comment, sans règles. Il ne s'agit pas d'élever des logements sociaux qui génèrent de suite la ségrégation comme on le dit souvent mais des appartements pour que les femmes, les hommes et les familles puissent s'épanouir ce qui signifie de l'espace, du volume, du soleil, de la beauté. Une mère passe beaucoup de temps chez elle, il lui faut un appartement qui ait de l'allure, qu'elle possède une pièce à elle où elle puisse se recueillir, que personne d'autre ne colonise, un logement, c'est un espace sacré, c'est votre intimité, votre pré carré, votre rocher, il reflète votre être et votre âme, c'est votre signature, vos secrets et priver quelqu'un de cette enveloppe, de cette protection, de cette coquille, c'est le froisser comme papier pour être jeté au vent du malheur. C'est un irrespect.

 

                        Construire, construire oui mais encore faut-il construire en prévoyant des espaces d'humanisation. Ainsi si l'on envisage d'élever des immeubles, il faut qu'ils s'élèvent pour ainsi dire sur un espace piéton, composé de pelouse, de massifs, de terrains de jeux, tous les véhicules entrant dans le lotissement s'enfonçant sous terre et venant se garer dans les parcs souterrains. Chaque immeuble de trois étages consacre la moitié d'un étage au service de la petite communauté, en proposant des salles de réunion, une bibliothèque, un coin jardinet et jeux pour les enfants et les adolescents, un esprit naît, une fraternité, une communauté. Tout cela sous la responsabilité des résidents qui choisissent une équipe de responsables. Dans les locaux mis à la disposition, il y a toujours un responsable aux heures d'ouverture. Seules la discipline et la rigueur sont gages de bonheur.

 

                        Si les immeubles de trois étages consacrent un demi étage à la vie commune, ceux de quatre et plus lui consacrent un étage complet souvent le dernier pour que le soleil puisse inonder le jardinet, d'autres préfèreront le rez-de-chaussée accessible plus directement de plain pied avec les espaces de jeu et qui peut permettre la création de quelques salles de classe et d'enseignement. Chaque résidence gère son patrimoine à travers un conseil et fait respecter les consignes votées après discussion. Tout se passe bien parce que tous se connaissent et participent à la fête annuelle de la résidence et aux autres manifestations. Un climat se crée, un courant passe, on se fréquente, on se connaît, on se respecte. Personne n'est isolé. Chaque nouvel arrivant est présenté, chaque partant a sa fête. La résidence vit. Sur tous les visages, les résidents posent un nom et un prénom, il n'y a pas d'anonymat et chacun a le droit et le devoir d'intervenir dès qu'un gamin se conduit mal. Les jeunes et les autres ont des lieux pour se rencontrer, se voir, discuter, échanger, jouer, personne ne traîne et au fur et à mesure des semaines et des mois, on prend plaisir à se trouver ensemble. C'est une belle conception de l'existence, le plaisir de vivre en communauté, en amitié.

 

                        Construire, construire où ? En évitant les zones dangereuses, inondables, marécageuses, les terres à céréales, en préférant les collines, les sols arides et pierreux qu'on aménagera. Sur une colline, on peut glisser les maisons ou les petits immeubles entre les arbres, installer les parcs automobiles au pied de la pente, gravir chez soi en empruntant une route étroite avec son petit véhicule spécialement conçu. Toute  une oeuvre stimulante confiée au génie des paysagistes. Le travail ne manque pas. Y aura-t-il assez de bras ?

 

                        Construire oui, mais construire à quel prix et avec quel étalement des dépenses.

 

                        Tout le monde se plaint du prix des loyers qui absorbe une grande partie des revenus et contraint souvent mari et femme à travailler. C'est une situation à corriger.

 

                        La première mesure tout en respectant les prix du marché consiste à étaler la répartition des dépenses de construction. Il est de bon ton dans une société qui privilégie la rentabilité forte et rapide d'exiger le règlement d'un immeuble ou d'une maison sur dix, quinze, vingt ans ou un peu plus avec la pression des intérêts alors qu'aucune construction en dur ne sera usée et détruite au bout de ses quarante ans de vie. L'évidence qui s'impose consiste à fixer comme norme de calcul pour les achats ou les loyers le règlement type sur quarante ans et sans intérêt. La société avancera les frais, assurera les emprunts ou construira pour son compte. C'est le plus sain, elle dispose ainsi d'un immense parc immobilier. Tous les contrats de remboursement ou de location seront calculés par des organismes officiels indépendants sur une durée de quarante années. Cette mesure de bon sens si elle est accompagnée de constructions ou de réfections massives soulagerait immédiatement les budgets et donnerait plaisir à vivre.

 

                        Les prêts sans intérêt seront assurés par la société qui crée la monnaie au fur et à mesure de l'avancement des travaux. Elle prend possession des immeubles en attendant que les futurs propriétaires aient soldé leur emprunt comme cela se passe habituellement.

 

                        Un prêt sans intérêt, cela va de soi dans une société qui assure la rigueur et la stabilité des prix. La société est désintéressée, elle n'a pas le souci des bénéfices à réaliser, des dividendes à distribuer, de la rentabilité. On peut ajouter aussi que le constructeur d'un immeuble ou d'une maison embellit la ville ou le paysage, il ajoute de lui-même par de multiples aménagements une qualité, il a pris sur son budget personnel. Il n'est pas utile de lui imposer encore des intérêts. Pour un ensemble extrêmement bien réussi, on pourrait concevoir en reconnaissance la remise d'une ou deux années de remboursement.

 

                        Quarante ans de remboursement, c'est bien long pour ceux qui construisent à soixante ans. C'est vrai mais tant qu'ils vivront, ils seront propriétaires, personne ne pourra les expulser, c'est une tranquillité apaisante importante et si la mort survient avant la fin des échéances, les héritiers poursuivent les remboursements et s'il n'y en a pas ou s'ils n'en veulent pas, la société récupère le bien. En ce qui concerne les immeubles, ils sont souvent la propriété de sociétés qui en principe ne meurent pas. Si c'était le cas, les biens reviendraient à la société.

 

                        La fixation du prix de référence des loyers sur une période de quarante ans aura pour effet d'abaisser les loyers sur un temps plus ou moins long. La société en rendant la vie plus facile à beaucoup abaisse les revenus des propriétaires qui avaient calculé la rentabilité de leurs investissements sur des périodes plus brèves. Ainsi peuvent survenir des situations difficiles surtout pour ceux qui comptaient sur des revenus élevés pour financer à la fois leurs emprunts et leur retraite par exemple. Toutes ces situations seront étudiées. On n'avantage pas l'un au détriment de l'autre. Les locataires bénéficieront  des prix de base officiels et la société complètera en prenant soin de vérifier le bien fondé des prix de loyer demandés. Ces avances aux propriétaires seront récupérées sur les successions.

 

                        Dans une période de pénurie de logements et dans la mesure où l'on sait que sur une ville il y a des possibilités mais que les propriétaires ne veulent pas prendre le risque de se retrouver avec des occupants incapables de payer leurs loyers ou des propriétaires qui ne peuvent assurer les mises à niveau avant de louer, il serait bon que la ville loue elle-même et procède aux mises en conformité pour rassurer les propriétaires qui n'auraient alors qu'à percevoir les loyers. Ils sauraient que leurs appartements seraient toujours entretenus et rendus en bon état. Par la suite la ville met ces appartements à la disposition des demandeurs en fixant les prix des loyers qui seront prélevés sur leurs comptes, chacun ayant un travail ou un salaire de vie. Ainsi la ville et ses spécialistes pourront procéder à une heureuse mixité.

 

                        Efficacité et simplicité.

 

                        Tous les appartements seront livrés entièrement équipés comme cela se pratique lorsque vous louez un studio à la montagne ou ailleurs. Le jeune adulte qui prend possession de son appartement à ses dix-huit ans n'a pas à se soucier de se procurer des meubles, des machines à laver le linge ou la vaisselle, d'une cuisinière, d'assiettes ... il trouve tout sur place normalisé. Il vient avec sa valise et ses affaires personnelles. Quand il partira, il rendra son appartement dans l'état où il l'a trouvé. Cette facilité permettra aux familles qui s'agrandissent de déménager facilement. Tout cela sera organisé en concertation et les locations calculées en conséquence. Ce système est connu et appliqué. Ne jamais oublier que chaque enfant a droit lui aussi à sa chambre, à son pré carré, à son intimité, à son indépendance, à ses secrets.

 

 

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