La monnaie apparaît, la monnaie disparaît, la monnaie circule.

Publié le par jacques Brethé

La monnaie apparaît, la monnaie disparaît, la monnaie circule.

 

Ce qui caractérise la monnaie, c’est sa fluidité, cette faculté d’apparaître, de disparaître, de circuler sans cesse, son immatérialité. Elle est là sous-jacente, à peine perceptible mais bien réelle. On peut se demander si elle existe et pourtant personne ne doute de sa présence au sein de la société, de sa permanence, de son incorruptibilité, on la thésaurise, on l’accumule sûr qu’elle pourra prendre un nouvel essor pour se placer en face de biens et de services qu’on veut acquérir.

 

J’ai conclu avec mon voisin qu’il viendrait chez moi travailler pendant huit heures dans mon jardin et en contrepartie, j’irai travailler dans son taillis pour abattre des bois et en former quelques stères pendant cinq heures car mon temps avec ma tronçonneuse et mon déplacement en camionnette valait plus cher. Chacun de nous a exécuté son engagement, parole donnée. Il n’y a eu aucun contrat écrit, aucun échange de monnaie et pourtant…

 

Et pourtant, il s’agissait bien d’un accord basé sur une évaluation de nos temps de travail. En arrière, voire en cachette, nous avons utilisé une monnaie de compte en référence avec ce qui se pratique autour de nous. Nous possédions un cadre de référence important et nous nous sommes installés à l’intérieur d’un marché garanti par la société à tel point que si l’un n’avait pas respecté la parole donnée, l’autre aurait pu le citer en justice, preuve à l’appui. Un accord spontané et qui paraît si insignifiant à première vue dès qu’on se trouve en société acquiert une autre dimension. Mais ce qui est remarquable en ce qui nous concerne, c’est qu’aucune monnaie n’est apparue vraiment, elle a seulement pointé le bout de son nez, elle ne s’est pas concrétisée, matérialisée, incarnée, elle est demeurée à l’intérieur de nos pensées sous forme d’idée, de valeur, immatérielle comme toutes les valeurs, cependant bien réelle. Nous avons conclu notre échange dans une monnaie de compte en francs alors que le franc n’a plus cours, nos avons échangé nos temps chargés d’un coefficient d’appréciation, nous avons vécu la monnaie comme échange de service et lorsque nos travaux furent terminés, il n’y eut plus rien entre nous comme si rien ne s’était passé, comme s’il n’était pas venu travailler dans mon jardin, comme si je n’avais pas fait son bois dans son taillis. La monnaie est apparue en filigrane, elle a donné force et énergie et elle a disparu sans laisser trace comme si elle n’avait pas existé. Ainsi en va-t-il du courant électrique qui pénètre dans votre moteur, l’anime, lui donne force et puissance en passant et se perd à jamais sans laisser trace. Là aussi dans cet exemple si simple en apparence, on voit bien que la monnaie n’a rien à voir avec un métal précieux, qu’elle existait avant la découverte de l’or, qu’elle était sous-jacente  aux premiers échanges des temps préhistoriques. Lorsque Crésus la fit trébucher dans l’or, il l’alourdit, il brouilla toutes les pistes, il la dénatura, divisa la société et ferma la porte à tout progrès puisqu’on ne pourrait plus reconnaître les services et les travaux dès qu’il n’y aurait plus d’or à disposer. Plus d’or, plus de monnaie, plus de travail et c’est la misère qui s’installe. Avant cette chute, cette incarnation de la monnaie dans une prison d’or, la société pouvait reconnaître travaux et services en l’inscrivant dans la pensée, sous la forme d’un chiffre d’abord purement mémorisé, plus tard écrit sans perdre de vue que la monnaie demeure de l’ordre des valeurs, qu’elle donne prix mais qu’elle n’a pas de prix, qu’elle n’est pas une marchandise.

 

Au lieu d’échanger nos temps évalués avec un coefficient d’appréciation, j’aurais pu demander à mon voisin de venir travailler dans mon jardin et je lui aurais remis à la fin de sa journée une somme correspondant à son temps de travail évalué selon les normes sociales habituelles et légales. Tout à l’heure, nous en étions à l’échange pur et simple des temps, maintenant nous passons par un intermédiaire qui cumule ses heures consacrées à mon service, la monnaie inscrite sur un billet ou sur un chèque. Il n’y avait rien entre nous ce matin, maintenant il y a en plus le signe monétaire authentifiant ses efforts, un signe dont il a permis la naissance, qui n’existait pas auparavant, un signe que je suis autorisé à émettre avec l’accord de la société et de son système bancaire, un signe qui possédera son indépendance, son existence propre, qui s’intègrera dans tout un ensemble d’échanges, qui circulera ou se thésaurisera, qui s’accumulera sous une forme chiffrée sans changer de nature, un signe d’une souplesse remarquable, un signe qui n’existe que dans nos pensées mais qui signifie la vie, la mise en relation avec les autres, qui porte bonheur, sens, signification, un signe qui me rattache, qui m’attache, qui m’évite les affres de l’exclusion. Il n’y a pas de société sans lien et la monnaie constitue le premier lien social, c’est le premier signe d’amitié qu’on échange, la première mise en relation, dès que je travaille et que je reçois un salaire, je commence à exister socialement. Précédant l’intégration sociale, il y a bien évidemment l’intégration familiale caractérisée par l’échange des sentiments, par l’affection réciproque, par la confiance, la con-fidentialité, tout un climat de magie, de symbiose si l’on sait se conduire.

 

Si à travers la monnaie, on échange des temps, on peut aussi échanger, apprécier d’autres qualités, d’autres aspects, des objets porteurs de beauté. C’est ainsi que l’été dernier, mon aimable voisin me proposa d’échanger un panier de ses poires, des Louise Bonne contre un panier équivalent de mes succulentes mirabelles qui riaient au soleil.

 

« Non, lui dis-je. Ce n’est pas un panier de Louise Bonne qu’il me faut pour être juste mais un panier et demi. – Comment cela, me répliqua-t-il vivement, mes Louise Bonne sont de qualité, à point, savoureuses et croquantes. – Je n’en doute pas, lui répondis-je. Mais avouez que les mirabelles ont plus de qualités, elles enchantent le palais, elles se conservent en compote au congélateur, on en réalise des confitures, elles se stérilisent tandis que les poires sans en dire de mal ne permettent pas tant de compositions. A temps égal de travail, de soin, de ramassage, reconnaissez que la qualité a un prix, que la beauté pour ainsi dire s’apprécie.- Je ne peux en disconvenir, conclut-il pour abréger. Donnez-moi donc un panier de vos mirabelles et je vous filerai un panier et demi de mes Louise Bonne si bien nommées ».

 

A la lecture de cette anecdote, on s’aperçoit que les objets ne s’évaluent pas seulement en fonction des temps consacrés à leur fabrication mais qu’interviennent aussi d’autres facteurs comme les multiples usages qu’on en peut tirer, l’aspect à l’œil, le toucher, le parfum, l’harmonie des formes, la beauté et là intervient la subjectivité de chacun, sa culture. C’est ce qui explique qu’il soit si difficile de fixer le prix des choses à tel point que certains soutiennent qu’on établit le prix de vente d’un produit en fonction non de ce qu’il coûte à réaliser mais en fonction du prix que les acheteurs sont prêts à accepter, en fonction de ce qu’il y a dans les porte-monnaie. Dans ce quartier, les gens sont riches, ils ne comptent pas, je pourrai tout vendre plus cher. L’on voit ainsi comment l’abondance de monnaie crée l’inflation. Dès qu’il y a abondance, argent facile, les prix grimpent et s’emballent. La monnaie se dévalue, gare aux dégâts. Seule la rigueur porte bonheur. Pour en revenir à notre sujet si le fondamental pour donner prix à une production se réfère au temps, il ne faut pas négliger d’autres aspects et on demeurera toujours dans l’incertitude, on ne saura jamais fixer le prix juste d’un travail, d’un service, d’un objet, d’une œuvre d’art.

 

Que la monnaie apparaisse, qu’elle disparaisse pour prendre une autre forme, un autre nom, pour être rédigée dans une autre unité, nous connaissons et nous l’avons vécu le 1er janvier 2002 avec le passage à l’euro. Les monnaies nationales des onze pays concernés ont disparu des têtes et des esprits et ont été remplacées par une nouvelle monnaie à laquelle nous avons adhéré en lui donnant foi, confiance, existence et la création de cette nouvelle monnaie immédiatement dans nos mémoires et sur un chiffre dans tous les ordinateurs n’a causé aucune migraine à qui que ce soit. C’est naturellement qu’elle a pris place dans notre environ-nement. Personne n’a plus rédigé de chèques dans l’ancienne monnaie nationale devenue une monnaie de compte pour beaucoup. Ce rappel montre à quel point la monnaie n’est qu’immatérialité, idée, convention, légalité, du domaine des valeurs.

 

Voici pour illustrer quelques exemples historiques d’apparition et de disparition de monnaie. Je me réfèrerai principale-ment à l’ouvrage de G. Valance, Histoire du Franc paru dans la collection Champs chez Flammarion.

 

Retenez ces trois qualificatifs concernant la monnaie allemande, le Reichsmark, le Rentenmark, le deutschemark. Souvent on abrège en mark mais on dissimule l’histoire.

 

Retenez ces trois qualificatifs concernant la monnaie allemande, le Reichsmark, le Rentenmark, le deutschemark. Souvent on abrège en mark mais on dissimule l’histoire.

 

Le Reichsmark apparaît pratiquement en 1871 après la défaite de la France. Il s’appuie sur l’indemnité de 5 milliards de francs imposée par Bismark, indemnité payée en or, en argent, en billets de Banque, surtout pas en billets de la Banque de France car une inflation galopante et organisée aurait réduit à rien la dette.

 

C’est cet or qui servit à battre monnaie à Berlin et à garantir toutes émissions de billets. Cette somme colossale correspondait à la quasi-totalité du numéraire circulant en France, on privait la France de sa monnaie, elle devait donc disparaître pratiquement selon l’équation bien connue et admise à l’époque : pas d’or, pas de monnaie, pas de travail, chômage et marasme et ce qui surprendra tous les spécialistes, c’est que non seulement la France n’a pas disparu mais qu’elle remonta rapidement la pente et que par la suite le franc redevint au 19ème siècle une monnaie de référence. Personne n’avait imaginé que l’or n’était pas une monnaie et que la richesse s’originait dans le travail. Grâce au commerce extérieur excédentaire la France pouvait se procurer de l’or comme le fera la banque d’Allemagne après la création du deutschemark, peu ou pas d’or au départ mais une capacité de travail et de productivité capable par un solde excédentaire d’acheter des tonnes d’or. C’est le travail qui crée richesse et on n’a pas besoin d’or pour échanger mais d’un contrat et d’une convention permettant d’évaluer le coût du temps de production. A la fin on échange toujours des produits, des objets, des services non des pièces d’or. De toute façon, la production aurifère ne saurait suffire pour porter chiffre et monnaie et il est si simple de puiser dans la réserve infinie et gratuite des chiffres et des nombres.

 

Voilà comment apparu le Reichsmark. Il n’existait pas. Il a suffi de la décision d’un homme et de l’adhésion de tous. A la base une idée et une volonté confortées sur la possession d’une importante réserve d’or. On n’imaginait pas à l’époque une mon-naie enracinée sur la capacité de pro-duction d’une nation.

 

Deuxième illustration : l’effondrement du Reichsmark et apparition du rentenmark.

 

Au sortir de la Première guerre mondiale tous les belligérants sont affaiblis et la France compte sur les indemnités réparatrices versées par l’Allemagne pour panser ses plaies, les fameuses répa-rations. Seulement dès que la somme à verser fut déterminée et en reichsmarks, non en or comme l’avait sagement imposé Bismark, la monnaie allemande se dévalua au galop faisant tomber la valeur réelle des indemnités mais entraînant le pays à la catastrophe. Dès qu’on ne tient pas d’une main ferme la monnaie, on rompt le premier lien social, un lien sacré, on brise une nation et un Etat. En laissant filer la folie à l’envi, la République de Weimar brisait l’unité de la nation, les Etats de la Rhénanie songeant à faire sécession, à créer leur propre Banque Centrale pour se sortir du guêpier en proclamant leur indépendance. On frôlait le pire. Une livre de beurre s’échangeait pour 210 milliards de marks aux halles de Berlin ! Les prix grimpaient d’heure en heure ainsi que les intérêt, 9% par jour, 400% pour un mois ! Misère, souffrance, révolte, guerre civile…

 

Face au vide d’une Allemagne anéantie et face au danger communiste, les Anglo-saxons vinrent au secours de la Banque allemande et lui octroyèrent un prêt de 800 millions de mark-or en imposant une réforme drastique qui revenait à changer de monnaie. C’était à la fin de 1923, après l’effondrement du mark le 30 novembre. Il fallait alors 4 200 milliards de marks pour un dollar !

 

Le Reichsmark disparut au profit du rentenmark basé sur l’hypothèque de toutes les propriétés du pays et on échangea les reichsmarks contre les rentenmarks avec un taux spoliateur. Il fallait 1 000 milliards de reichsmark pour obtenir 1 rentenmark. Les épargnants étaient ruinés, la masse monétaire chuta, un mark représentait quelque chose, il gagnait un pouvoir d’achat réel, on reprenait confiance dans la monnaie et pour couronner le tout dès août 1924, on décréta le retour à l’étalon-or. L’or était là, en arrière, en garantie, chacun pouvait s’activer, des richesses issues du travail s’offraient sur les marchés, l’Allemagne pouvait devenir un lieu d’attraction des capitaux étrangers.

 

Ce deuxième exemple met en évidence la fragilité d’un empire et de sa monnaie. Les deux sont liés très étroitement. On ne laisse jamais une monnaie orpheline, sans tuteur, sans une pensée en arrière qui la crée et lui donne pouvoir, sans signification. Ici la république de Weimar laisse filer la monnaie, elle se délite, la monnaie n’est plus tenue de main ferme, elle n’a plus d’appui, elle n’est plus dans les pensées et dans sa chute, elle va inexorablement entraîner la décomposition d’un Etat. C’est ce qu’avaient bien vu et ressenti les Anglo-saxons, une Allemagne décomposée devenait une proie que pouvait saisir le communisme ou une autre idéologie.

 

Ce deuxième exemple met en évidence aussi la promptitude d’un pays et d’une monnaie à se refaire. En quelques mois tout peut chavirer ou se reconstruire pourvu qu’il y ait confiance et ardeur au travail. Ce n’est pas l’or qui crée richesse mais l’activité. Un pays qui travaille ne sera jamais pauvre tout en sachant qu’il faut penser le travail, l’organiser, le répartir, le reconnaître, qu’il faut aussi des femmes et des hommes de courage, capables d’effort et de rigueur, formés sans cesse. On a la richesse qu’on mérite. Quand je travaille comme récompense, je ne veux pas de l’or mais un produit, un objet, un service, en compensation quel que soit le moyen, le véhicule, le signe qui permette cet échange, une parole, une plume, un coquillage, une pièce, un billet, un chéque, un clin d’œil…

 

Toute vie humaine se base sur honnêteté, transparence, simplicité. Dès qu’il y a opacité, complication, détours, obscurité, il y a filou, animal tapi, prédateur. Le mal craint toujours la lumière de la vérité.

 

Notre troisième exemple s’appuiera sur l’apparition du Deutchemark.

 

Encore l’inflation destructrice des monnaies, on émet billets sur billets, l’unité monétaire n’a plus de sens, ne représente plus rien, ne correspond à rien de mon temps de travail, c’est comme si l’on me vidait de ma substance, comme si l’on me détruisait, on s’embrouille dans les millions et les milliards. C’est l’après-guerre, une guerre dévastatrice qui a détruit la capacité de penser, qui a affolé, qui a décomposé, qui traîne ruines et malheurs et qui hantera les esprits et les cœurs pour une longue suite de générations. C’est l’horrible en action et tout cela entrepris par des hommes pour détruire d’autres hommes alors que les héros depuis plusieurs millénaires ont condamné l’emploi de la violence, alors que les déclarations des droits de l’homme et les chartes proclament dignité et respect de chaque être humain. Fascination mortelle du mal, l’homme un être de malheur, un être du malheur, le goût du sang, des démocraties ayant oublié d’inscrire dans leur constitution que pourront se présenter à une élection aussi minime soit-elle, uniquement les femmes et les hommes ayant adhéré aux valeurs proclamées, rejetant de tout processus électif les violents, les sectaires, les intolérants, les racistes, les extrémistes. Il faut toujours se référer aux meilleurs des hommes et à leurs meilleures pensées.

 

Ce qui est curieux dans l’apparition du deutschemark le dimanche 20 juin 1948, c’est sa soudaine apparition et l’antici-pation dont il a fait l’objet. Il a été presqu’entièrement pensé aux Etats-Unis. Les « vingt-trois mille caisses de nouveaux billets imprimés aux Etats-Unis arrivent par bateaux à Bremerhaven et sont acheminés en trains spéciaux vers les caves de l’ancienne Reichsbank à Francfort avant d’être réparties, dans le plus grand secret, entre les banques des Länder. Le deutsche Mark (DM) est né ». On n’a pas parlé or, on n’a pas garanti sur le métal, on a fourni des billets, du papier imprimé et on a signifié qu’il fallait remplacer les anciens billets par les nouveaux venus en dévaluant terriblement Les comptes d’épargne et les dépôts bancaires sont dévalués de 94%, les épargnants encore ruinés. On exige que tous adhèrent et croient dans les nouveaux rapports définis. On voit ici qu’une monnaie est pure décision politique et que les sommes d’achats et de ventes seront proportionnées à la quantité des chiffres inscrits sur les billets.

 

Les allemands ont reçu le dimanche 20 juin 1948 quarante deutschemarks et les entreprises soixante deutschemarks par salarié comme fonds de roulement. Il a fallu tout ajuster en tenant compte du temps de travail comme nous l’avons fait lors du passage à l’euro. Ce qu’on échange, ce sont des produits et des services et non de la monnaie. La monnaie sert à échanger et elle disparaît pour ainsi dire. Vous n’échangez pas 10 € contre 10 €. Le choix  du chiffre de l’unité monétaire n’est pas indifférent. Choisir un euro pour une heure de travail fera que votre euro représentera quelque chose et qu’avec un centime d’euro vous obtien-drez un objet, un produit de valeur. Si vous optez pour 10 € pour une heure de travail, que représentera un centime d’euro ? Il faut donc rechercher un équilibre, une juste proportion. Moins il faut d’unités monétaires pour acheter une livre de beurre, plus votre monnaie représente un réel pouvoir d’achat, plus elle est estimée. La psychologie intervient sur le marché ainsi que la mémoire et les facultés représentatives. Aller au marché avec une valise de billets, ce n’est pas sérieux ; y aller avec une poignée de pièces dans la poche et en revenir avec un panier qui déborde, c’est une autre satisfaction, ma monnaie a de la valeur, mon temps de travail est bien reconnu, il n’est pas dilué, c’est une autre dignité. Dans l’Antiquité seules comptaient les propriétés et les marchandises, le temps de travail de l’esclave n’était pas reconnu. Cette mentalité a perduré et il a fallu longtemps avant que la valeur du travail soit reconnue comme créatrice des richesses économiques, comme principal investissement, comme constituant essen-tiel d’un service, comme fondement de la monnaie. Quand vous consultez votre médecin, vous lui réglez le temps de service qu’il vous a consacré, quand vous allez dans un supermarché, vous payez essentiellement les temps accumulés à mettre la marchandise à votre disposition et c’est considérable. Toujours est-il que le lundi 21 juin 1948, équivalences calculées, les marchandises et les denrées réap-paraissaient dans les magasins allemands Il est vrai aussi que ce coup de maître avait mis un peu d’ordre et de justice en balayant les profits des malhonnêtes.

 

On le voit clairement ici, les hommes peuvent créer une monnaie sur simple décision et plus encore ils peuvent accepter en y adhérant une monnaie créée par d’autres hommes, par d’autres cultures. On pourrait fondre toutes les monnaies du monde sur l’une d’entre elles et réaliser ainsi un commencement d’unité mondiale. Pour l’histoire, on peut ajouter que cette nouvelle monnaie garantie par les Alliés et le travail des allemands serait gérée par la Bundesbank, indépendante des pouvoirs politiques par ses statuts, précédant la proclamation de la République fédérale en 1949 et capable de résister à tous les assauts du politique, privilégiant de toutes ses forces la stabilité de la monnaie et des prix quitte à entraîner ou à augmenter le chômage. Les responsables de la banque venaient de subir des désastres nationaux et internationaux, des anéantissements de monnaie parce que de petite inflation en petite inflation, on était passé à une inflation galopante défigurant monnaie et nation, déchirant le tissu social, apportant le malheur et mettant au pouvoir des dictateurs indignes, ces responsables ne cèderaient rien désormais et l’on se heurte au mur du refus dès qu’on sollicite un relâchement. C’est au politique de créer des emplois pour faire cesser le chômage. Créer des emplois justifiés n’a jamais conduit à la catastrophe ni à l’inflation. La monnaie demeure le premier lien social, un lien sacré exigeant confiance et rigueur

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article