Humaniser. (suite 23 )

Publié le par jacques Brethé

HUMANISER. (suite 23 )

 

Tout humaniser.

 

D'abord s'humaniser jour après jour en fréquentant les meilleurs des hommes, en lisant leurs écrits, en approfondissant leurs pensées, en imitant leurs actions, en écoutant et en acceptant les remarques des autres, en demandant conseil.

 

S'humaniser, c'est accepter d'exécuter les tâches les plus simples qui sont aussi les plus révélatrices, les plus proches, les plus efficaces comme soigner un malade, assurer sa toilette, sa propreté, lui adresser quelques mots sentis de réconfort et d'encouragement, lui fredonner une romance qu'il a aimée, lui caresser les joues, déposer un baiser sur sa main ou son front. Tout cela dans le quotidien, dans la discrétion, sans solliciter la moindre récompense comme des gestes et des témoignages d'affection qui vont de soi, qui assurent que nous sommes de la même humanité, que nous sommes dans le flot et dans le giron du même esprit créateur, que nous appartenons au même flux, à la même âme du monde, que nous sommes tous solidaires et forts dès que nous nous serrons coeur contre coeur.

 

Tout cela s'apprend en ouvrant les yeux sur son entourage immédiat et plus spécialement sur sa famille, rocher qui donne appui et élan. Un environnement humanisé agit comme une source porteuse de fortes personnalités. Le milieu contribue à la formation de l'homme. Chacun ressemble aux siens et à ceux qu'il a élus comme siens à travers la culture apportée par la société. Il ne s'agit pas de dormir mais de s'éveiller jour après jour, de s'émerveiller en puisant dans le trésor accumulé par nos prédécesseurs et nos contemporains en allant à leur rencontre, en les interrogeant, en méditant leurs exemples et leurs écrits. Il faut toujours nourrir pour l'approfondir son sens de l'humain. Réfléchir dans le silence et le recueillement demeure une nécessité. C'est le propre de l'homme et chacun doit posséder un lieu même restreint, bien à lui, respecté des autres pour se ressourcer, se concentrer, rêver, méditer et prier. Priver un homme de l'accès à son intimité, revient à le briser comme ce vase éparpillé, tombé à terre qui ne peut plus posséder son intimité propre à maintenir dans l'éclat de leurs couleurs les bouquets, à lui, confiés.

 

L'homme possède une dimension spirituelle à l'intérieur de son enveloppe charnelle, une dimension infinie et c'est souvent dans son for intérieur qu'on rencontre, débarrassé des agitations terrestres, d'autres pensées, d'autres êtres, d'autres univers et que sourd du plus profond de soi, une mélodie insoupçonnée, un monde, une vision, une intuition porteuse d'avenir. S'arrêter, ne rien entreprendre, s'asseoir pour se laisser envahir par un autre, pour se laisser ouvrir comme la fleur s'abandonne au soleil qui la féconde en l'inondant de lumière.

 

D'abord s'humaniser mais aussi humaniser les autres. C'est la première tâche de tout éducateur à commencer par les parents. Son enfant, c'est le bien le plus précieux de l'homme. L'éducation n'est pas mièvrerie mais exigence, exigence vis-à-vis de soi, aucun laisser-aller, aucun compromis, l'éducation passe par l'exemple, sans le témoignage, votre parole sera verbiage, vous bablez au lieu de parler et rien n'échappe au regard scrutateur de l'enfant. Si votre comportement demeure exemplaire, vous n'aurez souvent rien à ajouter. Votre silence sera authentique parole.

 

Ce sera l'école qui prendra le relais de l'éducation familiale, qui socialisera l'enfant, l'élargira aux autres et contribuera à former sa sensibilité, sa volonté, son intelligence. C'est essentiel de former les sensibilités par le contact avec les artistes et leurs oeuvres porteuses d'humanité. A travers leurs écrits, leurs poèmes, leurs chansons, leurs peintures, leurs sculptures, leurs gravures, leurs musiques, ils éveillent les âmes en dénonçant les vices et la méchanceté et aussi en proposant le meilleur du monde en enchantant, en émerveillant. C'est un aliment indispensable pour nourrir les coeurs, le sens de la beauté, le sens de l'humain. Vivre de l'intérieur la misère d'un enfant privé d'eau et de nourriture, se sentir comme son frère par l'art du conteur, c'est une ouverture et une prédisposition à écouter et à aider, c'est perdre de son assurance, de sa naïveté, c'est mûrir, c'est se faire proche et il ne faut pas craindre d'y consacrer du temps. Humaniser n'est jamais peine perdue et c'est du manque d'amitié que souffre tant notre culture. Bien entendu l'instruction, la communication des connaissances viendront compléter mais à quoi bon savoir si l'on se sait pas sentir, partager, fraterniser. Humaniser, toujours humaniser, toujours s'humaniser.

 

Humaniser la nature, c'est-à-dire la mettre au service de l'homme tout en la respectant et en l'empêchant de nuire. La nature vit dans l'insouciance, soumise à des lois inscrites en son sein sans considération des conséquences possibles sur son environnement. Le soleil consume son énergie et la disperse, il éclatera enveloppant de son manteau de feu les planètes soumises à son champ d'attraction sans le savoir, sans aucun souci, comme allant de soi avant de s'effondrer sur lui-même et de se réduire dans un amas de matière inerte à jamais. Des espèces en détruisent d'autres sans souci qu'elles se privent de leur nourriture, des virus s'étendent, des microbes se répandent, c'est le lot de la vie sur terre. Le sentiment d'un désordre, d'une contradiction, d'un univers dangereux qui n'a pas atteint sa perfection et que l'homme doit pour ainsi dire achever et humaniser.

 

Mais pour respecter ou humaniser cette nature si souvent hostile, il faudra d'abord essayer d'en comprendre les lois et c'est l'effort de l'homme, un effort constant et de plus en plus conscient. Eliminer virus, bactéries, microbes, animaux porteurs de mort semble un devoir impérieux mais après avoir examiné malgré tout ce que chacun représente dans la chaîne alimentaire et savoir préserver des espaces et des lieux où l'homme se gardera de pénétrer. Il y aura des espaces réservés pour la vie humaine et protégés et d'autres espaces abandonnés pour préserver la biodiversité. Tout cela est connu et déjà bien réalisé. L'humanité se sent de plus en plus responsable de la qualité de vie sur notre planète.

 

Notre gros problème, c'est celui de la pollution et nous avons pris conscience de l'urgence à réduire nos déchets industriels issus de produits chimiques que la nature ne peut recycler. Quand on occupe un lieu, on se doit de le respecter et de l'entretenir ; quand on loue un appartement, on le rend propre. C'est le comportement qui s'impose vis-à-vis de la nature et l'on ne peut plus invoquer un manque de moyens, de connaissances et de monnaie à partir du moment où la société reprend les rênes du pouvoir en créant en face des travaux qu'elle commande la reconnaissance convenue. Une tâche urgente qui saisit chacun à la gorge. Le libéralisme, la concurrence à tout-va, les profits signifient la dévastation.

 

 

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